Toutes les Revues N° 29 - HIVER 2010

HOMMAGE - «ADISHATS PALOUMAYRE»
Courrier du lecteur
DOSSIER
  - Vague bleue et météo noire
  - Les paloumayres racontent leur migration...
PALOMBE ET TOROS - Julien LESCARRET
PORTRAIT - La migration au jour le jour
REPORTAGE - NAPHALEKO USOTEGIA
SOCIÉTÉ - Point scientifique sur les colombidés sauvages
Tribune libre
CALENDRIER 2011
HISTOIRE - Félix Arnaudin
PASSION - «Paloumette» artiste peintre
ÉCHO DE LA FORET - Etat des lieux et perspectives d’avenir
ANCP  - Assemblée générale A.N.C.P et informations
Autour d’elles… Palombe d’oïl ou palombe d’oc?
La tête dans le ciel…
ITALIE - Octobre 2010, en Italie
LES RECETTES DU PALOUMAYRE

 
EDITO

Une étoile au paradis bleu


Chers amis lecteurs, chères amies lectrices
C’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que toute l’équipe de Palombe et Tradition souhaite vous annoncer la disparition de son rédacteur en chef, et créateur, Philippe DUCOS. Nous nous joignons à la peine de sa famille. C’est le 8 novembre dernier que Philippe nous a quitté, pendant la fin de la migration, il a pris les derniers vols de passage, pour lui aussi continuer son voyage… Philippe était connu de tous dans le milieu de la chasse et la pêche, pilier de la pêche à la mouche, importateur de la chasse à l’arc en France, frère de sang d’un indien des Etats-Unis et, surtout, paloumayre jusqu’au bout des ongles... Bien plus qu’un rédacteur en chef hors norme, Philippe était un grand monsieur, parti trop vite, s’étant battu jusqu’au bout contre une sale maladie…
L’artiste part, laissant son œuvre, son bébé, «Palombe et Tradition»... Tu dois sûrement être là-haut à discuter ou à construire des cabanes avec notre ami Pierre GARROTE, qui t’a précédé... Les amis, portez-vous bien...
Philippe part tranquille, ton magazine est entre de bonnes mains, nous en prenons soin... Nous continuerons à garder cette liberté de parole et d’écriture à laquelle tu tenais tant, et qui plait tellement à nos lecteurs...
Quand d’autres auraient qualifié le bilan de cette migration de «mitigé», tu aurais sûrement dit que c’est le jeu, et que cet oiseau bleu a encore une fois bluffé tout le monde en démarrant sa migration le 27 septembre, et en n’ayant toujours pas passé les Pyrénées au 15 novembre, pour une partie d’entre elles. C’est aussi le jeu qui fait tout le charme de cette chasse...
Bon vent tout là-haut... Nous ne t’oublierons pas !
Bon voyage et adishatz

Pierre NIETO, Directeur de la publication
 

EXTRAITS D'ARTICLES
  • Vague bleue et météo noire
  • Point scientifique sur les colombidés sauvages
  • NAPHALEKO USOTEGIA
 
LA RECETTE

MELI-MELO DE CHAMPIGNONS ET PÊLE-MÊLE FAMILIAUX

Les coulemelles de papa :

Quand j’étais gosse, en parcourant les collines du Habas à Escos, je me mettais souvent à l’arrêt sur des drôles de champignons pittés sur de grands pieds avec un grand chapeau, aux allures ridicules qui leur donnait une classe et une grâce folles au milieu des herbes rases jaunissantes de fin d’automne. La lépiote élevée ou coulemelle.
Si certains imbéciles leur donnaient des coups de pieds – la bêtise ayant besoin de bouc-émissaire- papa m’avait dit de les ramasser en m’assurant de la présence de l’anneau sur le pied. Fier de lui faire part de ma cueillette, et ses conseils respectés, il fut heureux de nous les préparer, laissant à ma sœur et moi, des souvenirs ineffaçables.
Il avait haché les pieds creux, longs et fermes et fait fondre avec du lard maigre haché dans de la graisse de canard et quelque oignon finement ciselé, tant et si doucement qu’au bout de dizaines de minutes, combien je n’en sais rien, il en résultât une pâte onctueuse, une crème épaisse aux effluves de celliers et sous-bois qu’il mit de côté pendant que dans sa fameuse poêle ovale qui dora des milliers de soles et truites de Licq, les grands chapeaux fermes et presque élastiques, bien saisis presque à sec, finissaient de cuire, caressés à feu doux d’un peu de beurre. Il en fit cuire d’autres plus petites et plus jeunes, vivement sautées auxquelles il adjoint quelques pieds de moutons et 6 trompettes qui traînaient non loin, sous du petit houx. Je fus surpris par ces dernières, si fermes et si friables, qui cuites entières ramollirent comme des tagliatelle dans l’eau bouillante et fondirent comme neige au soleil, laissant ainsi des traces noires, visqueuses et flasques, glaire mélanique d’une saveur incomparable. Il  rajouta  le hachis crémeux, mis de coté et garnit de ce sublime mélange, les têtes alors cuites qui vinrent ravir nos palais d’enfants gâtés et marquer à jamais nos esprits.

Les truffes de tata :

A Gaillières, toute petite commune entre Villeneuve et Mont-de-Marsan, vivait la grande sœur de mon grand-père qui en fait était toute petite et s’appelait Henriette, pour nous c’était tata. Ses cheveux épars fins et blancs avaient, tel la nacre, des reflets bleus, roses ou violacés à l’instar des peignes plats qui fixaient son minuscule chignon savamment façonné au sommet de son crâne. Je me rappelle encore de son visage flétri comme papier crépon,  et de ses lèvres molles qui du coin nous baisaient en rafales, mi ventouse mi piquouse, quand nous étions sur ses genoux, ce qui avait le don de nous irriter à l’époque, mais nous rend presque nostalgiques. Qui voulez-vous qu’à mon âge, me prenne sur ses genoux ? Tata nous gâtait  de choses simples afin de nous gratifier, par exemple, de lui avoir remisé quelques bûches pour la cheminée ou arraché quelques chiendents dans le gravier.
Faisant  tomber une échalote et des chanterelles grises dans une petite poêle lourde aux bords relevés, elle leur versait des œufs cassés de couleur presque noire car agrémentés de moultes trompettes crues hachées cueillies à la hâte dans le bois du père Darricau. Remuant vivement au début pour créer du liant et caressant de la spatule, à feu doux,  elle nous faisait ses œufs brouillés aux truffes à elle, tels qu’un Giscard n’aura jamais eu à l’Elysée et qui, concoctés par tant de cœur et de sincérité que ne voyions ni subterfuge ni tour de passe-passe.


Sanguins de maman :

Si aujourd’hui mes enfants font figure d’originaux car leurs parents vivent ensemble, j’étais marginalisé moi aussi, adolescent, car mes parents eux, étaient séparés. Que voulez-vous, nous sommes anachroniques mais c’est si bon de se vautrer dans la singularité et le non-conventionnel. A chacun sa contestation !
Ma mère donc nous surprit un jour, à sa table. Exilée en un pays où « l’asssent » chante plus que le nôtre, dans ces pays de l’Est mais bord de mer, où les gens s’escagassent en trinquant au pastis, vous snobent sur la Croisette ou chopent les muges pour leurs œufs… j’y ai même connu un chileur nommé Marius Barrière qui raffolait de rouges-gorges. C’est dire si ces gens là sont bizarres.
Aux cèpes et girolles, ils préfèrent… le sanguin. C’est un mot, là-bas, aussi puissant que graal, régent, ortolan ou pibale, ailleurs. Et comme ils ont raison… de porter attention à des choses délicieusement désuètes et surannées qui donnent un sens à la vie, égayent le quotidien et créent du lien social.
Les sanguins étaient sur la tables de la cuisine de maman, à Grasse, une copine de l’arrière-pays lui en avait fait cadeau, ce qui là-bas, est semble-t-il un privilège. Elle lava et sala les plus petits qu’elle mit au vinaigre et nous jura, plus tard qu’ils furent délicieux ; elle fit fondre les plus gros, doucement, puis crémés légèrement qui ravirent nos palais en accompagnant un modeste mais grandissime blanc de poulet snacké à la plancha.
Le sanguin, c’est, dans nos pins, le lactaire délicieux que beaucoup trop délaissent. A la coupe un lait orangé s’écoule, d’où son nom. Côté Méditerranée, le lactaire pisse très rouge, et il faut le dire… c’est très très bon.

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